– Le féminisme à l’offensive : pentalogue pro-vie

droits-femmesSandra Ezquerra | Público Le débat politique et médiatique des dernières décennies autour de l’avortement est accompagné d’une appropriation monopolistique croissante de la défense de la vie par une partie de la droite, en opposition intéressée au féminisme pro-choix qui défend le droit de décider. Si, comme féministes, nous nous sommes défendues contre les accusations sibyllines d’égoïsme et/ou d’infanticide venant de la machinerie catholique et de ses fidèles, il faut reconnaitre que nos tentatives de contester le monopole de la droite sur la défense de la vie a donné jusqu’ici peu de fruits. Bien qu’anti-choix, les anti-avortement sont reconnus par tout le monde comme pro-vie et le féminisme continue d’être identifié comme pro-avortement et anti-vie.

Cependant, en plus d’établir un calcul polarisant, cette logique est fausse. Le féminisme défend la vie. Il l’a toujours fait. C’est pourquoi, au moment où les tenants de la morale traditionnelle sortent de leur terrier pour charger à nouveau contre le droit de décider et la liberté, dans un contexte où les politiques d’austérité et les médias joignent leur forces pour ressusciter la mode de la femme soumise et pleine d’abnégation, il est plus que jamais stratégique de revendiquer le féminisme comme profondément pro-vie et de nous délivrer du cadre sémantique qui nous est imposé de l’extérieur. Le féminisme pro-vie n’appuie pas seulement la revendication de la liberté et de l’autonomie féminines comme éléments clés de la lutte des femmes. Au moment où la droite recommence à attaquer les femmes en nous criminalisant et en nous dépossédant de nos droits, il propose et présente aussi notre réappropriation de la vie comme point initial et cheminement émancipateur. Voici une première proposition pour les cinq lignes de force, un pentalogue, du féminisme pro-vie:

1. Le féminisme défend le droit des femmes à interrompre leur grossesse en toute sécurité. Comme le constate l’Organisation Mondiale de la Santé, la pénalisation de l’avortement provoque une augmentation de la mortalité maternelle. Aujourd’hui, 47.000 femmes meurent chaque année dans le monde en tentant d’interrompre clandestinement leur grosse. 13% de la mortalité maternelle est dû à un avortement insécurisé, majoritairement dans les pays dotés d’une législation restrictive. Le nombre d’IVG ne diminue pas quand les lois se durcissent mais les avortement dangereux augmentent. C’est en mémoire de toutes les femmes qui ont tenté d’exercer leur droit à ne pas avoir d’enfant dans des situations insalubres, en mémoire de toutes les femmes qui ont risqué la mort ou qui y sont restées, que le féminisme est pro-vie.

2. Selon l’ONU, les avortements non médicalisés et clandestins ne sont pas seulement préoccupants à cause des risques pour la santé et la vie des femmes mais aussi en raison de la négation du droit à l’information, à la vie et à la liberté pour les femmes. Ainsi, l’avortement ne constitue pas seulement un problème de santé mais aussi, et surtout, de droits humains, sociaux et économiques. Les nombreux obstacles qui compliquent l’accès libre et équitable à une IVG -comme notre pouvoir d’achat qui nous permet de voyager et/ou de s’offrir discrètement une clinique privée, notre âge, notre lieu de résidence, notre pays d’origine ou notre situation administrative- ne sont pas seulement hypocrites, ils sont discriminatoires. Et, si toutes ces barrières existent bien à travers la législation actuelle de l’Etat espagnol, elles seront encore renforcées si le Parti Populaire met en œuvre ses menaces de réformes. C’est à travers ses efforts pour éliminer ces barrières que le féminisme est pro-vie.

3. Les principaux facteurs de diminution des grossesses non désirées et des avortements chez les jeunes femmes sont liés à l’augmentation de l’utilisation de contraceptifs, à un meilleur accès à l’information et à une meilleure éducation sexuelle et affective, c’est-à-dire tout ce qui est revendiqué depuis des années par le mouvement féministe. Etant donné que le droite qui nous appelle anti-vie s’oppose, elle, à préparer nos jeunes aux relations sexuelles sûres, libres et intelligentes, il est nécessaire et urgent de générer et de transmettre un modèle de sexualité riche, mature et stable. Et ça ne se fait pas en préconisant l’abstinence ou des silences hypocrites mais en garantissant que les décisions des jeunes soient toujours plus basées sur l’information, la liberté et le respect mutuel. C’est à travers sa solide défense de la prévention des grossesses non désirées -et, en conséquence, des avortements- basée sur la transmission de valeurs d’équité et d’autonomie que le féminisme est pro-vie.

4. Dans sa délirante croisade contre le droit des femmes à décider, le ministre Gallardón menace de remplacer les normes actuelles par d’autres encore plus restrictives que celles de 1985 et propose de supprimer le risque de malformation fœtale comme motif d’IVG. Il le fait en prétendant que toutes les personnes qui sont nées ou “qui sont sur le point de naitre” avec une forme de malformation doivent avoir les mêmes droits que les autres citoyens. D’un point de vue féministe, nous nous demandons comment la droite, au sein du gouvernement et dans son ombre, peut-elle avoir tant de culot pour s’auto-ériger en salvatrice héroïque d’un collectif social auquel elle refuse la vie digne en imposant des coupes budgétaires et des privatisations dans les services, programmes et autres appuis pour les personnes à l’autonomie restreinte. Ne serait-ce pas parce que le Parti Populaire cherche à ce que ce soit les familles, et particulièrement les femmes, qui se responsabilisent des personnes qu’il oblige à naître mais auprès desquelles il se dérobe dès les premières minutes de vie? Les mêmes familles et femmes qu’il a laissé en plan pour voler au secours des banques en détruisant de l’Etat Providence? C’est à travers la dénonciation ferme de l’imposture de ceux qui disent défendre les droits sociaux du lundi au jeudi alors qu’ils pratiquent la casse sociale à coups de décrets juste avant le week-end que le féminisme s’érige, aujourd’hui plus que jamais, en pro-vie.

5. Le Parti Populaire n’oblige pas seulement les femmes à devenir mères contre leur volonté mais empêche aussi que beaucoup d’autres le deviennent, malgré le fait qu’elles le désirent et qu’elles se sentent prêtes. Il le fait en défendant la stérilisation forcée des handicapés mentaux malgré l’opposition des organisations sociales et les recommandations de l’ONU. Il le fait en revoyant le mariage entre personnes de même sexe devant le Tribual Constitutionnel, considérant la famille hétérosexuelle comme le milieu naturel des enfants [sic]. Et il le fait en empêchant que les femmes seules ou lesbiennes puissent accéder aux services publics de reproduction assistée pour réussir une grossesse sans l’intervention d’un homme. Le Gouvernement répartit ainsi les carnets de bonnes et de mauvaises mères, de bonnes et de mauvaises femmes, et décide qui peut ou ne peut pas fonder une famille. Gallardón dit que la maternité rend les femmes véritablement femmes, mais il oublie de préciser (quelle négligence de sa part!) qu’il se réfère exclusivement à celles qui correspondent à l’option sexuelle adéquate pour fonder le type de famille correct (nucléaire, hétérosexuelle, etc.) ou qui ne présentent aucune forme de handicap mental; Dieu seul sait ce qu’il pourrait se passer si nous permettions que les homos fassent des enfants ou si nous garantissions aux personnes en perte de capacités une autonomie de décision à propos de leur corps et de leur sexualité! C’est finalement dans ses efforts à défendre les droits et les libertés de TOUTES les personnes, et de le faire du lundi au dimanche, que le féminisme est pro-vie.

Le féminisme est pro-vie parce que sa raison d’être est la construction d’une société plus juste et libre, qui met le bien-être et le bien commun au centre de tout; une société que ne condamne pas les femmes plus pauvres, plus jeunes ou plus vulnérables à mourir exsangues à cause d’un avortement clandestin; une société qui n’aspire pas à domestiquer les corps et les vies des personnes en compartiments moralisateurs; qui éduque les jeunes dans les principes de raisonnement, de responsabilité et de vérité pour que leurs actes n’aient pas d’impacts négatifs sur elles/eux-mêmes ou sur des personnes tierces; qui inclut, soigne et respecte vraiment les personnes souffrant d’un handicap; qui accepte la liberté de tous et toutes à décider de ses sentiments et de ses désirs; qui ne dit pas une chose en faisant ensuite son contraire.

Cependant, nous attendons au tournant le rhétorique de droite, anti-choix et prohibitive. Il nous reste peu de temps; de nouvelles attaques s’approchent. Sortons dans les rues, reprenons possession de ce qui nous appartient et passons à l’offensive! Le féminisme, maintenant et pour toujours, est pro-vie!

* Sandra Ezquerra est sociologue, activiste féministe et militante de Revolta Global / Izquierda Anticapitalista, section de la IVe Internationale dans l’Etat Espagnol.

Publié sur Publico.es le 27/09/13

Traduction: Céline Caudron pour LCR-lagauche.be

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